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Ouvre-toi ! La purification des sens PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Yannick Ferraro   

Homélie du dimanche 6 septembre, 23ème du TO, année B – Mc 7,31-37

Une fois n’est pas coutume, je voudrais commencer par une devinette : Quel est le point commun entre cet évangile et ce GSM ? Réponse : ils sont tous les deux tactiles !

 Mais oui, tactile ! Jésus est très tactile avec cet homme sourd-muet qu’il ne connaît pas, qui n’est même pas juif, mais païen de la Décapole : il met ses doigts dans ses oreilles, il met sa salive sur sa langue et il souffle sur lui (vous le feriez, vous, sur une personne que vous ne connaissez pas ?) Et quelle promiscuité ! Il prend soin de l’emmener à l’écart, loin de la foule, pour poser sur lui ces gestes très intimes : lui et le sourd-muet, seuls, face à face et – osons le dire – corps contre corps et sens contre sens.

 


On est bien loin du mépris du corps prôné par certains courants de la spiritualité chrétienne ! Nous pensons en particulier au jansénisme qui a fort marqué les esprits des 17ème et 18ème siècles. Mais la honte du corps et la culpabilité de la sensualité véhiculés par le jansénisme imprègnent encore bien des esprits qui continuent de penser, plus ou moins consciemment, que la nature humaine, engluée dans la chair et ses passions, est en elle-même trop viciée pour prétendre parvenir au salut. Et qu’il faut donc la mâter et la faire plier pour la soumettre au seul travail de la grâce.

 

Ce mépris du corps n’est pas chrétien. Et si le jansénisme a été condamné par l’Église comme une hérésie, c’est parce qu’il oublie que Dieu, en Jésus-Christ, est venu vivre en ce monde en assumant cette pâte humaine qui constitue notre corps de chair. C’est cela l’incarnation. Et il oublie que c’est avec ce corps de chair qu’il a donné sa vie pour nous sauver, en acceptant qu’il meure, et en le faisant revenir à la vie.  C’est cela la rédemption.

 

Du coup, je nourris mon corps, je le repose, je le lave et le soigne parce que c’est avec lui, et pas en dépit de lui, que j’avance en ce monde, sous le regard de Dieu et que je me laisse sauver par lui. Que voulez-vous, nous ne sommes pas des anges… Certes cette matière qui compose ce corps aura une fin, mais en attendant, elle est ma compagne de chaque jour avec laquelle je me sanctifie.

 

Et cette matière entre en contact avec le monde qui l’entoure et capte une multitude d’informations grâce aux sens externes : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Ce sont ces sens externes que Jésus veut purifier et guérir, comme nous voyons dans cet évangile.

 

·      Jésus met ses doigts dans les oreilles du sourd-muet et il touche sa langue. Ce sens du toucher que nous utilisons parfois pour nous approprier ou utiliser le corps de l’autre, doit rester le moyen d’exprimer la tendresse et la proximité de l’amour. Il est le baromètre de l’amour chaste et désintéressé.

 

·      Jésus met ses doigts dans ses oreilles. Ce sens de l’ouïe qui devient parfois le gouffre dans lequel se déversent le vacarme du monde et les paroles de critique, doit rester le canal de l’intériorité qui fait entrer dans le sanctuaire du cœur la parole qui édifie, encourage et montre le chemin.

 

·      Jésus touche sa langue et souffle sur lui. Les sens du goût et de l’odorat, qui sont très proches, sont eux les instruments de la pénitence. En étant capable de renoncer à la succulence des nourritures, des boissons, des parfums et des douceurs en tout genre, le disciple du Christ manifeste que son cœur est fait pour s’attacher à des délices encore plus parfaites et plus pérennes.

 

·      Enfin, Jésus lève les yeux au Ciel. Ce sens de la vue qui nous rend parfois sujet à l’envie, à la jalousie ou au jugement, doit rester la fenêtre du cœur par laquelle entre la lumière qui éclaire notre âme sur tout le bien qui est à faire en ce monde et que Dieu attend de nous.

 

Le toucher qui exprime l’amour vrai et la communion fidèle. L’ouïe qui éduque nos âmes à la connaissance et à l’intériorité avec Dieu. Le goût et l’odorat qui soulèvent nos désirs au-dessus des choses de ce monde. Et enfin la vue qui ouvre une fenêtre sur le cœur. Voilà la perfection de nos sens externes que Dieu veut nous donner, et que Jésus vient purifier en nous.

 

Mais, me direz-vous, la purification des sens ça fait un peu Carême… Et on en est bien loin… Je pense pourtant que le temps de la rentrée scolaire et son lot de nouveauté (nouveaux emplois du temps, nouveaux rythmes, nouvelles fréquentations…) est un moment aussi propice que le mercredi des Cendres pour prendre quelques bonnes résolutions pour nous redéterminer à la sainteté.

 

C’est Jésus lui-même qui nous y invite aujourd’hui : Viens, mets-toi à l’écart avec moi, laisse-moi te rejoindre dans ta sensibilité, laisse-moi toucher ce qui est blessé en toi. Et "effata", ouvre-toi à ma présence !

 

Et s’il y a bien un lieu où nous pouvons vivre ce contact intime, avec toute la force du tangible et du sensible, c’est dans l’Eucharistie. Prenez, ceci est mon Corps. A chaque messe, Jésus nous donne son Corps à manger, il nous demande de le prendre pour nous, avec nous et en nous. Quelle intimité ! Son Corps dans mon corps ! Dans l’Eucharistie, je peux toucher le Christ qui vient toucher mon humanité pour la guérir et en faire le sanctuaire de sa présence.

 

Clothilde, Pauline et Staya vont en faire l’expérience pour la première fois ce matin. Que ce soit l’occasion pour nous de vivre cette communion comme si c’était la première. Approchons-nous de Jésus-Eucharistie avec confiance, et laissons-le s’approcher de nous. En ouvrant nos mains ou nos bouches pour le recevoir, que nos cœurs l’en supplie : Viens, Seigneur Jésus, et fais de moi ce que tu es. AMEN.

 

 

Mise à jour le Lundi, 07 Septembre 2015 09:52