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Je suis la vraie vigne PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Bihin   

Homélie du 5ème dimanche de Pâques, Ac 9, 26-31; Jn 15, 1-8

Jésus commence -dans l’évangile de ce jour- par affirmer :
« Moi, je suis la vraie vigne”.
C’est audacieux de la part de Jésus d’affirmer être la vraie vigne. En disant qu’il est la vraie vigne, c’est donc qu’il fait référence à une autre vigne, qui elle n’est pas véritable. C’est audacieux, car il s’approprie un titre qui a toujours désigné le peuple d’Israël. La vigne était en effet une métaphore classique et couramment utilisée par les prophètes pour désigner le peuple saint. Ainsi lorsque les prophètes veulent exprimer l’amour que Dieu porte à son peuple, ils en parlent comme d’une vigne qu’il chérit, qu’il protège et qu’il soigne comme son bien précieux.

Quand, au contraire, les prophètes veulent mettre en garde Israël contre ses infidélités et son idolâtrie,  alors la vigne du Seigneur va être malmenée, arrachée, transplantée ou dévastée, laissée à la merci des envahisseurs.
Il est donc aisé de comprendre qu’en se présentant comme la vraie vigne, Jésus se présente comme personnifiant le nouvel et vrai Israël. Quand on ajoute qu’il ose aussi personnifier le temple en son propre corps, dans cette fameuse phrase : “détruisez ce temple, et moi je le reconstruirai en trois jours”Lc 21, 5-11, -phrase qui sera le prétexte de son arrestation et de sa mise à mort-,
On peut aisément comprendre que les juifs de son époque le considèrent lui et les premiers chrétiens comme des blasphémateurs, et donc comprendre pourquoi Saul, le futur Saint Paul, va les poursuivre et les persécuter.

En partant de l’image de la vigne, Jésus va ensuite nous mettre en garde contre le dessèchement d’une vie qui ne serait plus nourrie par Dieu. On peut aisément ici parfaire la métaphore de la vigne en lui donnant une dimension trinitaire,  en voyant dans la sève qui monte des racines par le tronc du Christ, l’Esprit-Saint qui anime toute vie. Et se trouver séparé de cette sève divine provoque une sorte de mort spirituelle. Même si on ne meurt pas brutalement, notre vie privée de l’Esprit saint devient de moins en moins féconde, en devenant de moins en moins généreuse. Et notre société de consommation ne nous aide pas à rester vigilants. Au contraire, tout semble fait pour nous encourager à penser toujours plus à nous-mêmes, à notre bien-être, à notre confort de sorte que l’égoïsme devient la norme de notre société.
Il y a ici, entre la mentalité du monde et l’esprit de l’évangile une radicalité qu’il nous appartient comme chrétiens d’assumer.

La métaphore de la vigne devient aussi une allusion au jugement dernier, où les branches mortes sont ramassées et brûlées.
C’est un des grands principes de la spiritualité que d’apprendre à nous débarrasser de ce qui est mort : nos mauvaises habitudes et nos péchés vampirisent notre vitalité à faire le bien. Car le péché créée en nous une contradiction, une sorte de lutte intérieure vaine et stérile, qui nous épuise petit à petit.
N’hésitons donc pas de temps en temps à nous promener dans notre vigne intérieure, le sécateur à la main, taillant ce qui est nécessaire, et ramassant les branches mortes et -comme le dit si bien la petite Thérèse de Lisieux- « réparer nos fautes en les jetant dans la fournaise de son amour miséricordieux ».
Mais pour bien comprendre le rôle symbolique de la vigne dans la tradition juive, il faut aussi parler de son fruit, le vin, et comment le vin est devenu un substitut du sang, et donc un signe de l’alliance.
Depuis la nuit des temps, les hommes pour sceller un pacte ou une alliance utilisent un rite, aujourd’hui ce serait la signature d’un contrat, ou pour conclure une vente, une virile poignée de main. Pour les tribus nomades du Moyen-Orient le rite qui conclut et authentifie une alliance, c’était un sacrifice qui se résumait en général par le sacrifice d’un animal coupé en deux parties, en laissant le sang se répandre sur le sol. Le sang versé va donc devenir le symbole de l’alliance. Or dans la culture du Moyen-Orient, le vin appelé le sang de la vigne pourra devenir un substitut du sang, ce qui était aussi un sacrifice, car le vin était rare et précieux.
C’est pour cela que le soir du jeudi saint, lorsque Jésus prendra du vin pour qu’il devienne son propre sang, il utilise un langage parfaitement compris par ses apôtres. Le vin est symbole du sang, lui-même symbole de l’alliance.
Jésus se donne lui-même en sacrifice, et sa vie -c’est à dire son sang- est répandue pour le salut de toute l’humanité. Communier au corps et au sang du Christ, c’est communier à cette nouvelle alliance.
J’entendais récemment le témoignage d’un jeune délinquant, d’origine musulmane qui vivait dans la haine de l’occident et particulièrement des chrétiens. Par pure malice il s’est mis à lire la bible pour en démasquer les erreurs. Mais lorsqu’il arrive à l’enseignement de Jésus, il va être profondément touché par certaines de ses paroles au point de se convertir.
L’une des phrases qui va provoquer une véritable illumination dans son cœur, c’est quand il aborde le chapitre 5 de l’évangile de Matthieu, où il est écrit :
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
Prier pour ceux qui vous persécutent, est-ce que nous nous rendons compte de la portée de ce commandement aujourd’hui dans le contexte des guerres au Moyen-Orient ? Où des chrétiens sont humiliés, torturés et même crucifiés. Prions-nous aussi pour les auteurs de ces mises en scène macabres d’exécution publique diffusées par les médias sociaux ?
Et pourtant le Christ a bien donné sa vie pour le salut de tous, y compris pour ceux qui nous apparaissent comme irrémédiablement perdus. Le chrétien n’a plus, à proprement parler d'ennemis. Même le plus fanatique persécuteur peut être touché par la grâce de Dieu, et passer de la haine à la paix, passer d’un Saul persécuteur à un Saint-Paul apôtre.
Il n’y a plus les bons et les méchants, mais une humanité en souffrance que nous sommes appelés, à la suite de Jésus à libérer. La libérer en proclamant la bonne nouvelle et en donnant nous aussi notre propre vie, chacun selon son charisme.
Communier au corps et au sang du Christ, c’est communier au sacrifice de sa vie. Telle est la vocation que nous propose le Christ, tel est l’exemple qu’il nous a lui-même donné. Et auquel il nous demande de participer en faisant mémoire de sa mort et de sa résurrection, et en célébrant l’eucharistie.
Puisse cette célébration devenir pour nous une nouvelle occasion de grandir et de nous fortifier, conscients de notre limite, mais plus encore confiants, dans l’amour de notre Père. Car nous l’entendions dans la deuxième lecture, « si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses ».

Amen


Mise à jour le Lundi, 04 Mai 2015 08:50