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Qui nous fera voir le bonheur? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dominique Janthial   

3ème dimanche de Pâques (Lc 24, 35-48)

Nous avons entendu dans le psaume : « Beaucoup demandent : ‘Qui nous fera voir le bonheur ? » Cela m’a fait pensé à Jean Vanier. Il est le fondateur des communautés de l’Arche où des personnes handicapées vivent sous un même toit avec des personnes valides. Dans une interview accordée à un hebdomadaire il y a quelques années, cet homme plein de douceur faisait ce constat : « [Nous sommes] dans une culture de la compétition qui sécrète énormément de souffrance, car chacun est responsable de son propre « bonheur ». [Cela] engendre une grande intolérance, et une profonde angoisse pour ceux qui ne gagnent pas… ». « Qui nous fera voir le bonheur ? » c’est bien la question que tout le monde se pose.

Jésus aujourd’hui rayonne le bonheur qui est le sien et nous apprend à être heureux en rendant heureux. Il apporte la Bonne Nouvelle, il évangélise. Alors puisque nous avons tant de mal à apporter cette  bonne nouvelle autour de nous, voyons comment il procède en trois petites étapes…
La première chose qui frappe dans l’attitude de Jésus ressuscité, c’est sa douceur. Jésus qui a été abandonné par tous ses apôtres revient vers eux sans une seule parole de reproche. Au contraire il manifeste par toute son attitude une grande tendresse et une compréhension sans limites: « La paix soit avec vous ! ». Ce « Shalom ! » est plus qu’une salutation conventionnelle car il prend ici tout son sens. Il ouvre en effet le cœur des apôtres à la perspective d’une véritable paix par-delà « les multiples peurs qui parasitent nos existences ». Ces peurs qui, comme le disait encore Jean Vanier, « ont toutes pour horizon la peur de la mort ». Voilà donc le premier pas: il consiste à porter au monde ce « Shalom » acquis par la victoire du Christ sur la mort. C’est une paix par delà toutes les blessures ou les offenses infligées parce qu’au fond, ce qui nous offense est toujours ce qui nous rappelle notre humble condition mortelle. Or la résurrection relativise tout cela. Cette paix rayonne dans un simple sourire ou un regard compréhensif: les gens s’attendent tellement à des Chrétiens qui les jugent, que, comme les apôtres, ils n’osent « pas encore y croire, et restent saisis d’étonnement ».
Jésus va alors faire un pas de plus. Ils leur demande à manger: Jésus donne ainsi à ses apôtres l’occasion de faire quelque chose pour lui, pour son corps. J’imagine avec quel empressement ils ont dû se ruer sur le poisson grillé pour lui en servir un morceau. N’est-ce pas de la part du Christ une merveilleuse façon de rétablir la communion ? dans une autre culture il aurait peut-être demandé une bière… il reste que pour ramener quelqu’un à la communion ecclésiale, rien de tel que de lui demander de rendre un service. Il est étonnant de voir combien les gens sont prêts à rendre service à l’Eglise même quand ils s’en sont éloignés. Evidemment quand on donne l’impression d’une Eglise auto-suffisante et riche, une Eglise qui n’a besoin de personne mais au contraire dispense ses largesses comme une dame patronesse, cela ne peut pas arriver. Lorsque nous avions reçu le rassemblement de Taizé sur mon ancienne paroisse – et ça n’était pas pratique parce qu’entre Noël et Nouvel An beaucoup de gens sont partis – nous avions été étonnés de voir des gens éloignés de l’Eglise qui s’étaient portés volontaire. Il y eut même un monsieur qui avait offert 10 caisses de très bon vin pour notre réveillon. Lui non plus on ne le voyait jamais à la messe. Alors je ne sais pas ce qu’il faudrait faire concrétement et nous pouvons tous y réfléchir mais je sais que par de simples gestes, la communion ecclésiale s’élargit bien au-delà du cercle des pratiquants lorsque l’on invite des personnes à porter secours à l’Eglise qui est le corps du Christ.
Mais Jésus va encore plus loin : après avoir souhaité la paix à ses apôtres et après avoir pris la nourriture qu’ils lui proposèrent, le Seigneur fait un pas de plus dans l’évangélisation. Il leur dit: « ‘Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous: Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes’ : Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures ». La passion avait laissé les apôtres hagards, en proie à l’absurde, oppressés par la culpabilité. Ces hommes ont le sentiment terrible d’une occasion manquée : « Et nous qui pensions qu’il allait rétablir la royauté en Israël ! ». Une immense tristesse les accable. Jésus leur montre par la sainte Ecriture que le dessein de Dieu englobe tout cela, qu’il est compréhensif – au sens anglais de ce mot. Le troisième pas de l’évangélisation est donc de mettre les gens en contact avec une parole de Dieu qui va pouvoir redonner sens à une histoire personnelle chaotique. Pour cela, inutile d’avoir un doctorat en exégèse. Je connais des gens qui proposent un petit pain de la parole aux visiteurs qui sortent de chez eux, d’autres qui transmettent l’homélie dominicale par Internet… et curieusement, même chez les incroyants, il y a presque toujours un bon accueil.
A quelques semaines de la Pentecôte, dans un monde où « beaucoup demandent : ‘Qui nous fera voir le bonheur ? »,  Jésus nous montre en douceur comment porter au monde le bonheur de sa résurrection. « Car, nous dit-il, c’est vous qui êtes les témoins de la Bonne Nouvelle ». Il nous invite pour cela à être porteur de sa paix, à ne pas hésiter à demander de l’aide au nom de l’Eglise qui est son corps et enfin à mettre les gens en contact avec la Parole de Dieu pour qu’ils y retrouvent du sens pour leur vie.

Mise à jour le Lundi, 20 Avril 2015 11:26