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Christ est ressuscité, Alleluia! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dominique Janthial   

Dimanche de Pâques, année B, Mc 16, 1-7

Aujourd’hui nous sommes réunis pour célébrer l’anniversaire de l’événement le plus formidable de l’histoire de l’humanité. Imaginez qu’on nous annonce enfin un médicament efficace à cent pour cent contre le cancer : ce serait déjà une nouvelle extraordinaire. Mais elle serait sans commune mesure avec celle de la résurrection du Christ sur laquelle se fonde l’espérance de notre propre résurrection. Cette bonne nouvelle change réellement complètement notre vie si nous la prenons au sérieux, si nous la laissons informer toutes les dimensions de notre être, de notre conscience et même de notre inconscient. C’est une libération définitive, comme dit l’épître aux Hébreux, pour « tous ceux que la peur de la mort retenait leur vie durant dans l’esclavage » (Hb 2,15).

Alors maintenant je pose la question de celui qui chaque année doit préparer l’homélie du jour de Pâques : comment se fait-il que la Résurrection de Jésus, pilier de notre foi, ne soit relatée que dans un si petit nombre de textes ? Pour le jour de Pâques lui-même, ce sont en tout et pour tout deux évangiles qui reviennent chaque année en alternance : celui que nous venons d’entendre tiré de l’évangile de Marc et puis la fameuse rencontre entre Jésus et Marie de Magdala dans le jardin selon la relation qu’en fait Jean l’évangéliste. Nous avons donc fréquemment entendu ces récits qui totalisent l’un et l’autre moins de dix versets et nous les connaissons presque par cœur et pourtant… Pourtant alors que je ruminais ces considérations, hier matin en préparant cette homélie, une question m’a traversé l’esprit : Qui est donc ce jeune homme vêtu de blanc assis dans le tombeau à droite ? Vous allez sans doute répondre Jésus et c’est ce que moi-même j’avais sans doute pensé jusque là, sans bien y réfléchir…
Rien pourtant dans ce que dit le jeune homme ne permet de l’affirmer. Il parle de « Jésus de Nazareth, le crucifié » à la troisième personne et s’il arrive à Jésus de parler de lui-même de cette manière-là, ce n’est jamais en se désignant comme « Jésus de Nazareth » mais plutôt comme « le Fils de l’Homme ». En outre, le jeune homme enjoint aux femmes d’aller dire à aux disciples de ce Jésus et à Pierre : « Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit ». Mais dans un premier temps ces femmes dont Marie de Magdala n’en feront riens : « Elles sortirent du tombeau et s’enfuirent, toutes tremblantes et bouleversées, et elles ne dirent rien à personne car elles étaient effrayées » (Mc 16,8). Marc, avec sa concision habituelle, ne poursuit pas son récit. Il y a un vide narratif entre ce constant de la désobéissance des femmes au jeune homme et l’introduction du passage suivant qui se passe après l’apparition de Jésus à Marie de Magdala : « Ressuscité le dimanche matin, Jésus était d’abord apparu à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons » (Mc 16,9).
Ce vide narratif est comblé par le récit que nous donne Saint Jean de cette apparition. C’est l’autre évangile du jour de Pâques, celui que nous n’avons pas lu aujourd’hui. Saint Jean y raconte que Marie-Madeleine étant allée au tombeau de grand matin, elle s’était aperçu que la pierre avait été enlevée du tombeau et elle en avait averti Pierre : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé ». Jusque là, il n’est aucunement question d’une apparition de Jésus. Celle-ci aura lieu après, alors que les disciples Pierre et Jean, venus constater la vacuité du tombeau étaient déjà repartis chez eux, et que Marie-Madeleine « se tenait dehors près du tombeau et pleurait ». Marie ne rencontrera donc Jésus qu’après que l’autre disciple ait vu et cru. Et je reviens donc à ma question : qui est le « jeune homme vêtu de blanc » si ce n’est pas Jésus.
Saint Marc emploie le mot « jeune homme », neaniskos en grec une seule autre fois dans son évangile. Et c’est à propos de ce mystérieux « jeune homme » qui suivait Jésus dans son chemin de passion, « vêtu d’un simple drap » (Mc 14,51) et qui va s’enfuir « tout nu » pour éviter de subir le même sort que Jésus. Le jeune homme s’enfuit par peur de la mort et sa nudité rappelle celle de nos premiers parents. Elle est le symbole de cette fragilité dans l’être qui nous caractérise : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, dit Job, nu j’y retournerai » (Jb 1,21). « Tu es poussière et tu retourneras en poussière », avait dit Dieu à Adam. Ce jeune homme est donc tiraillé entre son désir de suivre Jésus et la peur qui lui colle au ventre en raison de sa condition mortelle. Il est donc le représentant de toute l’humanité car tout homme est potentiellement attiré par la liberté, la vérité et l’amour que l’homme Jésus manifeste ; et en même temps il a peur. Il a peur car il se sent menacé par tous ceux qui ne peuvent croire ni à la possibilité de cette liberté, ni à la possibilité d’une vérité et d’un amour capable de rassembler tous les hommes et qui persécutent ceux qui manifestent qu’ils y croient. En ce sens, comme le faisait remarquer le fr. Philippe dans sa méditation du chemin de passion, ce « jeune homme » est en particulier le représentant de ces chrétiens persécutés pour leur foi qui doivent tout laisser derrière eux.
Et puis nous retrouvons ce neaniskos – on traduit par « jeune homme », mais le grec dit surtout « jeune » et n’insiste pas du tout sur son genre – « assis » c’est-à-dire profondément paisible et maître de lui « à la droite » du tombeau vide. « Le Seigneur dit à mon Seigneur : ‘Siège à ma droite’ et je ferai de tes ennemis le marchepied de tes pieds », dit le psaume. Cette humanité enfin libérée de la peur, voilà le premier effet de la résurrection de Jésus ; il s’est passé quelque chose d’énorme dans la vie de ce « jeune homme » pour que soudain sa condition humaine elle-même soit profondément transformée et qu’il ose affirmer : « N’ayez pas peur. Vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qui a été crucifié. Il est ressuscité, il n’est pas ici ! » Et voici pourquoi il n’y que peu de textes, car ce ne sont pas les textes qui nous témoigne d’abord de la Résurrection, ce sont des personnes transformées par cette même Résurrection.
Alors pas de bla-bla supplémentaire car c’est cette transformation que nous voulons pour chacun de nous en ce matin de Pâques sinon tout n’est effectivement que du bla-bla. Cette transformation demandons-la aujourd’hui dans cette eucharistie où Jésus ressuscité se rend présent pour que nous puissions la vivre. Amen !


Mise à jour le Dimanche, 05 Avril 2015 20:45