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Votre tristesse sera transformée en joie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dominique Janthial   

Homélie du Vendredi Saint, 3 avril 2015

Je ne vous dirai que quelques mots car la liturgie abondante de ce soir nous impose d’être concis. Mais s’il faut être concis comment parler alors du sujet qui nous brûle le cœur en ce soir de la Passion ? Le sujet de la souffrance…
Ce matin certains d’entre vous ont trouvé dans votre quotidien une double page sur le jeûne paroissial organisé la semaine dernière à Saint François. L’article lui-même était sympathique, un brin décalé comme il sied à ce genre de sujet. Il y avait aussi un contrepoint médical assez négatif et un contrepoint au contrepoint par un autre médecin plus nuancé celui-là. Et la réflexion que je me suis faite : « Heureusement que Jésus n’a pas suivi d’avis médical à la veille de sa Passion… sinon… Eh bien sinon nous serions restés seuls avec notre souffrance ».

En effet, bien que la médecine ait fait des progrès phénoménaux, la santé physique n’est pas l’ultime critère de jugement. Et la souffrance reste une question largement irrésolue. Comme le notait le P. de Lubac : « A mesure qu’ils s’affinent et s’humanisent, les hommes inventent mille nouvelles manières de se faire mutuellement souffrir, - ou de se tourmenter eux-mêmes. Ainsi, toujours, la souffrance renaît, plus vive, de tout ce qui tendait à l’extirper ».
Face à la souffrance, le silence est souvent la seule réaction possible. Je risquerai néanmoins deux paroles que je voudrais prudentes inspirées par la méditation que le même P. de Lubac fait de la Passion.
La première est une constatation : « Quand vraiment on souffre, on souffre toujours mal ». Et Jésus dans une certaine mesure ne fait pas exception lui qui a crié « Eli, eli, lama sabachtani ! » On ne doit donc avoir ni honte, ni culpabilité par rapport à notre souffrance mais accepter l’offre qu’il nous fait de la vivre avec Lui.
Le deuxième est une réponse à la parole de Jésus avant sa Passion : « Votre tristesse sera transformée en joie ». Croire que la Passion et la Résurrection sont les deux faces d’un même mystère, il ne s’agit donc « ni d’ignorer la souffrance, ni de la fuir mais d’accepter sa transfiguration... Le vrai bonheur ne peut être que le résultat d’une alchimie ». Ou, pour reprendre les catégories métaphysiques employées hier par le P. Yannick, « sous les espèces de la douleur, la substance de la joie est là, déjà. C’est ce qui apparaîtra un jour ».

Et il nous appartient comme croyants, forts de la promesse de Jésus de le pressentir dans nos vies.


(Henri de Lubac, « Souffrir », Nouveaux Paradoxes, Paris, Seuil, p. 135-150)

Mise à jour le Samedi, 04 Avril 2015 13:36