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Stupeur de l'eucharistie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Yannick Ferraro   

Homélie du Jeudi Saint, jeudi 2 avril 2015

Parvenu à la veille de sa Passion, alors qu’il s’est déjà beaucoup donné dans son ministère de prédication, de guérison et de réconciliation, Jésus se donne encore. Que voulez-vous, c’est la logique de l’amour de se donner… et on n’arrête pas l’amour, surtout l’amour divin ! Ce soir, il continue de se donner dans ce geste si simple et si humble du lavement des pieds de ses disciples, dans la stricte continuité de sa mission : « Je suis venu non pas pour être servi, mais pour servir ». Et puis il se donne encore, mais cette fois-ci à un tout autre niveau (que nous appelons aujourd’hui "sacramentel" mais qui a du laisser le langage des apôtres bien démuni) : il se donne en transférant sa personne dans du pain et du vin. C’est fou, c’est inouï, c’est (pour utiliser une expression familière) un truc de malade ! Dieu dans du pain et dans du vin !

 En novembre dernier, nous avions dans cette église une nuit d’adoration eucharistique dans le cadre du festival diocésain "Venite adoremus". En début de soirée, alors que le Saint Sacrement était exposé sur cet autel, avec quelques étudiants nous nous tenions aux abords de l’église pour en informer les passants et les inviter à entrer, occasion de "sortir des églises" comme nous y invite avec insistance notre pape François et de témoigner de notre foi. Je ne sais s’il vous est déjà arrivé de devoir expliquer à un non-croyant ce qu’est l’adoration eucharistique, le Saint Sacrement, l’hostie consacrée dans l’ostensoir… vous voyez, toutes ces expressions claires et limpides qui parlent d’elles-mêmes… Mais c’est une expérience que je vous conseille ! Bref, en dépit de tout l’amour et toute la foi que mettions à expliquer ce qui se vivait en ce moment même dans l’église, ce qui pouvait arriver arriva : lorsque j’ai du expliquer à un jeune homme que Jésus était présent dans un morceau de pain, qui n’est plus du pain, et que nous exposons ce pain qui n’est plus du pain pour que tous puissent l’adorer, il me répliqua, un tantinet ulcéré et en tournant les talons : « Merci, mais je n’ai pas besoin de ça ! » Ce qui voulait clairement dire : « Restez fous si ca vous fait du bien, mais laissez-moi sain d’esprit ! »
 Stupéfiant mystère de l’Eucharistie ! Déconcertante présence de Jésus dans le pain et le vin consacré ! Depuis 20 siècles, il a été dit beaucoup de choses sur l’Eucharistie : les Pères de l’Église, les papes et les saints de tous les temps ont médité, contemplé, écrit et transmis une riche théologie et une profonde spiritualité sur l’Eucharistie. Mais au final, il n’y a rien à ajouter à cette affirmation de Jésus (que nous rapporter saint Paul dans la lecture d’aujourd’hui) : « Ceci est mon Corps, prenez-le et mangez-le. Ceci est mon Sang, prenez-le et buvez-le ». Oui, l’Eucharistie c’est stupéfiant, mais c’est simple ! Alors voici ce soir « L’Eucharistie pour les nuls » en 3 leçons.

 Premièrement, l’Eucharistie c’est le truc génial que Dieu a trouvé pour réaliser sa présence parmi nous, après l’incarnation et en attendant notre rédemption. Par son incarnation, Dieu se fait homme pour rejoindre tous les hommes et les introduire dans la vie divine. C’est ce dont nous faisons mémoire à Noël. Cette vie divine que nous avions perdu par le péché d’Adam et Eve, il nous la restitue en mourant pour nous sur la Croix et en ressuscitant le troisième jour. C’est le mystère de la rédemption que nous célébrons à Pâques. Et pour que nous vivions de cette vie nouvelle, Jésus, avant de quitter ce monde pour retourner vers son Père, nous laisse son Corps à manger et son Sang à boire. C’est l’Eucharistie que nous célébrons à chaque messe.

 

Dieu a voulu l’incarnation pour venir vivre avec nous. Il a voulu la rédemption pour que nous vivions éternellement avec lui. Et il a voulu l’Eucharistie pour qu’entre les deux sa Vie et notre vie ne fassent qu’un. C’est simple.
 Deuxièmement, l’Eucharistie est une transsubstantiation, mot barbare qui se comprend en faisant un brin de métaphysique (courage, ce ne sera pas long). Tout existant (qu’il s’agisse d’une chose ou d’un être vivant), peut être défini par sa substance et ses accidents. La substance dit ce que la chose est : ceci est une pomme. Les accidents disent comment la chose est : la pomme est petite, elle est de couleur verte et sa peau est lisse. « Petite, verte, lisse » voici les attributs de la pomme que nous appelons des accidents. Il en va de même pour un être humain. Dans sa substance il est homme ou il est femme, et dans ses attributs, il est grand ou petit, blond ou brun, clair ou mat de peau, etc.
 Cette distinction substance/accidents explique ce qui se passe pendant la messe lorsque le prêtre consacre les hosties et le vin. Le pain perd sa substance de pain pour devenir, en substance, le Corps du Christ. Tandis que le vin perd sa substance de vin pour devenir, en substance, le Sang du Christ. Le pain n’est plus du pain, le vin n’est plus du vin, ils sont devenus, au milieu de nous, présence eucharistique du Corps et du Sang de Jésus. Par contre les accidents du pain et du vin, eux, demeurent : après la prière eucharistique qui a consacré les espèces, la forme, la couleur et le goût, sont encore ceux du pain et du vin et non de la chair et du sang (ce qui aurait un peu de mal à passer…). Visuellement, olfactivement, tactilement, gustativement, nous avons devant nous du pain et du vin, mais substantiellement, il s’agit du Corps et du Sang de Jésus. Dieu transforme l’être des choses sans en changer l’apparence, c’est ainsi que le pain et le vin consacrés par les gestes et les paroles du prêtre deviennent Jésus-Eucharistie. C’est simple.
 Troisièmement, l’Eucharistie c’est une vraie nourriture qui soutient ma vie et qui la divinise. De même que l’aliment que je mange me transmet ce qu’il contient de bon pour me construire et me faire devenir ce que je suis, ainsi le Corps de Jésus que je consomme me transmet la vie même du Fils de Dieu pour me faire devenir moi-même fils de Dieu. L’Eucharistie est une communion de vie : la vie de Dieu et la mienne, intimement mêlées, indissolublement unies, pour donner à ma vie d’ici-bas une dimension d’éternité. Et pour pouvoir dire avec saint Paul : Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).
 Simple et stupéfiant ! L’Eucharistie, présence de Jésus tout près de moi. L’Eucharistie, transformation de l’être du pain et du vin sans en changer les apparences. Et l’Eucharistie, communion de ma vie à la Vie de Dieu. Alors, à mon jeune homme de ce soir d’adoration en novembre, nous répondons : « Tu es sain d’esprit, nous aussi ! Tu trouves ça stupéfiant, nous aussi ! Tu n’en as pas besoin, nous oui ! Parce que l’Eucharistie, c’est Jésus qui donne sa vie pour moi, pour ma vie soit imprégnée d’infini et pétrie d’éternité. Au Ciel pour toujours, oui bien sûr ! Mais aussi déjà sur cette terre ! » AMEN.  

Mise à jour le Vendredi, 03 Avril 2015 10:24