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Écrit par Philippe Henne   

Les vendeurs du Temple
Dimanche 8 mars Troisième dimanche de Carême, année B

 L’Evangile d’aujourd’hui nous surprendra toujours.  Comment Jésus, le petit Jésus peut-il être aussi brutal ? Comment peut-il espérer qu’on vienne chez lui si c’est pour recevoir des coups ? Ce qu’on rechercher chez Jésus, c’est quelqu’un qui nous console, qui nous encourage, qui nous pardonne.  Ici, c’est tout le contraire : c’est Jésus qui frappe, qui hurle, qui renverse les tables. Et ce n’est pas une histoire inventée. 

Cela s’est réellement passé.  Les quatre Evangiles en parlent, mais pas de la même façon.  Les Evangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) placent cet événement à la fin de la vie publique de Jésus, c’est-à-dire peu avant son arrestation.  Et cela se comprend.  Ce brutal déchaînement de violence a précipité sa condamnation.  Jean, bien au contraire, situe cela au début de la vie publique de Jésus.  Selon cet évangéliste, Jésus, après avoir été baptisé, transforme l’eau en vin aux noces de Cana, puis il va chasser les vendeurs du Temple.
 Jean veut ainsi dénoncer la formidable force de destruction que nous avons en nous.  Cette formidable force de destruction apparaît dans la Bible.  Aussitôt après que Dieu a créé l’homme et la femme, c’est le péché originel.  Pendant que Dieu donne à Moïse les tables de la Loi sur le mont Sinaï, le peuple hébreu se façonne un veau en or et il l’adore.  Aussitôt après que Dieu est né dans une crèche, c’est le roi Hérode qui massacre les petits enfants innocents.  Il y a dans le cœur de chacun d’entre nous une force incroyable de destruction.  Et nous le savons : il est plus facile de détruire la vie que de la donner.  Il est plus facile de détruire sa santé que de la recouvrer.  Il est plus facile de détruire l’amour que de le reconstruire et de pardonner.
 L’Evangile d’aujourd’hui nous met particulièrement en garde contre les dangers de l’ennui, de l’indifférence et de la routine.  Au bout de quelques années de mariage ou de vie religieuse, l’amour fait parfois place à la cohabitation.  Madame lave les chaussettes et fait la cuisine.  Monsieur bricole dans la maison et joue au foot avec des amis.  C’est la cohabitation pacifique.  Chacun respecte son contrat de présence et de service en assurant le strict minimum.  Ce n’est plus de l’amour.  C’est de l’organisation.  Ce sont deux vies en parallèle.  De même que les vendeurs du Temple ont transformé les offrandes à Dieu en un commerce profitable et rentable.  Ce n’est plus de la religion.  C’est du commerce. 
 Et Jésus se fâche.  Il renverse les tables.  Ce sont ces offrandes payées qui le révolte.  Ce qu’il veut, ce qu’il attend de nous, c’est de l’amour, du vrai amour, du temps passé ensemble, de l’attention pendant la journée, un petit mot, une petite pensée.  Alors, en cette période de Carême, redécouvrons la force de la présence de Dieu dans notre vie.  Actuellement, des catéchumènes, des adultes cheminent vers le baptême.  Ils nous rappellent que connaître Jésus, cela peut changer toute une vie.  Alors, nous aussi, laissons-nous transformer par l’amour de Dieu pour en devenir de vrais témoins.

Philippe Henne


Mise à jour le Jeudi, 12 Mars 2015 15:33