Accueil > homélies > Transfiguration
Transfiguration PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dominique Janthial   

2ème Dimanche de Carême, dimanche 1er mars 2015

Dimanche dernier nous avions laissé Jésus au désert, en proie à l’épreuve. Aujourd’hui nous le retrouvons transfiguré sur la montagne. Et c’est aujourd’hui qu’il nous est donné de comprendre davantage le sens de l’épreuve, le sens qu’ont les épreuves d’une manière générale. Ce n’est pas lorsque l’on est dans le creuset de l’épreuve que l’on en comprend clairement le sens. Il y a des moments dans la vie où l’on ne comprend pas, mais alors pas du tout. C’est la nuit de l’épreuve. Et puis, la lumière revient et les choses de notre vie s’éclairent et prennent sens.

 Le récit de la Transfiguration est très visuel, comme une photo. Mais une photo surexposée, et rendue un peu floue par le temps. Si bien qu’on est obligé comme avec ces vieilles photos de famille de jouer un peu aux devinettes pour savoir de qui il s’agit : Vous savez les photos que l’on regarde en famille: « Tiens qui est cette belle jeune fille ? Oh mais c’est toi, Tante Alice… C’est fou ce qu’on change! Hum… enfin ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ».

 Examinons donc ce cliché et tachons de percevoir en quoi, il peut nous éclairer sur le sens de l’épreuve.Voyons d’abord les personnages: Au centre, Jésus qui est le moins net, tout revêtu de blanc, Elie et Moïse qui s’entretiennent avec lui et dans un coin, atterrés, les trois disciples Pierre, Jacques et Jean. Commençons par eux.

Dans l’Evangile de Saint Marc, ce trio apparaît à trois reprises comme ceux que Jésus choisit pour l’accompagner parmi tous les disciples. Une première fois alors que Jaïre, un chef de synagogue, était venu supplier Jésus de venir guérir sa fille malade et que le bruit de la mort de la fillette s’était déjà répandu. Ne laissant alors personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, il se rend auprès d’elle et la fait se relever. Et l’on dit que « ceux qui l’accompagnaient… furent saisis aussitôt d’une grande stupeur » (Mc 5,40.42). C’est qu’ils tenaient la jeune fille pour morte et qu’il leur semblait voir un mort revenir à la vie. Dans l’évangile de la Transfiguration il est dit également que leur « frayeur était grande ». Dans un cas comme dans l’autre, c’est la présence de l’au-delà qui provoque cette stupeur ; à propos de la blancheur des vêtements de Jésus, il est dit qu’ « elle était telle qu’aucun foulon sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille ». Cette blancheur, les saintes femmes la retrouveront le jour de Pâques lorsque « étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche », et il est dit de nouveau: « elles furent saisies de stupeur » (Mc 16,5). N’en doutons donc pas ce Jésus présent à la Transfiguration n’est autre que le Ressuscité. Et c’est la raison pour laquelle Jésus va défendre au trio de disciples « de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ».

 La raison pour laquelle Jésus a tenu à prendre ces trois disciples pour leur faire voir sa victoire sur la mort dans l’épisode de la fille de Jaïre et celui de la Transfiguration va apparaître clairement lorsqu’il les prendra avec lui pour l’accompagner au jardin de Gethsémani pour la grande épreuve. Dans le récit de Gethsémani il est dit que « les disciples ne savaient que lui répondre » (Mc 14,40). Et curieusement, c’est la même expression qui est employée dans notre passage: « c’est qu’il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur ». C’est donc qu’à la Transfiguration, Jésus présente aux disciples non seulement la résurrection mais aussi sa passion ou du moins l’amour qui habitait son cœur lors de sa passion. Un peu comme dans l’Eucharistie où sont présentes à la fois la Passion et la Résurrection de Jésus. Et les disciples restent sans voix devant ce mystère comme ils seront sans voix à Gethsémani. On a souvent du mal à trouver les paroles qu’il faut face à la souffrance d’autrui; et au fond il vaut mieux parfois se taire.

Mais continuons notre investigation puisqu’il y a là encore deux personnages, hormis Jésus, et ce sont Moïse et Elie. Moïse qui a conduit Israël à travers l’épreuve du désert, par laquelle les fils d’Israël ont fait le difficile apprentissage d’une liberté qui passe par le dépouillement. L’épreuve du désert et de ses tentations a pour but de nous libérer par rapport à tout ce qui n’est pas éternel.
 Elie est là lui aussi, « cet homme totalement rempli de l’Esprit Saint, guidé de l’intérieur ». Elie est l’homme de l’écoute qui, à l’Horeb, alors qu’il est traqué à mort par Jézabel, sait entendre Dieu dans « la voix d’un fin silence » (1R 19,12). Les épreuves contiennent toujours un message divin, mais il est discret. Heureux celui qui l’y discerne.
 Il y a encore une présence dans la scène de la Transfiguration, une présence invisible dont on entend la voix: « Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le ! ». Cette voix, la présence sur la montagne du Père et de son fils unique, son bien-aimé nous rappelle irrésistiblement le récit que nous avons entendu en première lecture. Abraham, mis à l’épreuve. Abraham offre spirituellement son fils unique mais le sacrifice n’est pas consommé. De la même manière sur le Thabor, Dieu le Père rend la croix présente sans que le sacrifice de son fils unique ne soit accompli à ce moment-là.

 Et cet épisode nous permet de comprendre un peu mieux ce que Dieu vise en mettant Abraham à l’épreuve. En faisant un mauvais jeu de mot sur le terme d’épreuve, je dirai que c’est un peu comme des épreuves photographiques du temps de la photo argentique que l’on passait dans plusieurs bains pour qu’apparaisse l’image. A travers cette épreuve de la ligature, l’image de Dieu qui est en Abraham apparaît plus nettement : la ressemblance est même frappante. L’épreuve n’a pas d’autre but que de faire apparaître davantage en nous l’image de Dieu. N’avez-vous jamais remarqué que lorsqu’on s’approche de gens frappés par l’épreuve et que, surmontant notre frayeur, on ose les regarder en face, la présence de Dieu qui se dégage d’eux est étonnante.

 Après avoir contemplé quelques instants Jésus transfiguré, Pierre fait cette proposition étonnante: « Dressons trois tentes » - les tentes que les juifs construisent à la fête de Souccôt leur rappellent les 40 années passées au désert, la grande épreuve. C’est qu’en voyant Jésus transfiguré Pierre prend conscience de ne pas être encore suffisamment à son image et sans doute qu’inconsciemment il demande à retourner au désert pour que Dieu puisse parfaire en lui son œuvre.

Nous-mêmes après ce Dimanche de la Transfiguration, nous allons poursuivre notre marche de Carême. Mais non sans garder en nous cette voix qui nous dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ». Ecoutez-le car il a donné la patience à Moïse, l’attention à Elie et la confiance à Abraham. Et si vos épreuves que je connais vous rendent tristes regardez-le, écoutez-le… Vous recevrez l’Esprit Saint comme un révélateur de la venue de mon image en vous. N’oubliez pas que mon Fils pendant ce Carême vous attend sur le Thabor de son eucharistie, dans la célébration quotidienne et dans l’adoration, il vous attend aussi auprès de toute personne qui souffre pour y contempler son image. Quant à moi permettez-moi de vous dire que je vous trouve déjà très beaux car à travers vos épreuves, je commence à voir le visage de mon Fils, mon fils unique, celui en qui j’ai mis tout mon amour.

Mise à jour le Jeudi, 12 Mars 2015 15:27