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La vie de l'homme est une corvée! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dominique Janthial   

Homélie du 5ème dimanche du Temps Ordinaire

Au vu des textes de ce weekend on pourrait penser que l’Eglise a voulu instituer en ce 5e dimanche ordinaire de l’année B un dimanche du stress. Quelle figure plus stressante en effet que la belle-mère ? Eh bien Jésus guérit même la belle-mère, c’est dire ! Le cardinal Danneels aimait en effet à rappeler que Jésus était peut-être souvent fatigué mais jamais stressé.

Cependant avant d’en venir à Jésus, commençons par Job dont nous entendions la complainte dans la première lecture : « Vraiment la vie de l’homme est une corvée, un esclavage ! » N’est-ce pas le cri qui  jaillit de notre cœur lorsque les journées s’enchaînent et nous enchaînent sans qu’il semble possible de s’en extirper ? De quoi avons-nous l’impression d’être esclave ? De la vie d’abord avec son lot de contraintes ; du  système  également, ce mode de fonctionnement de la société que nous n’avons pas entièrement choisi ; de nous-mêmes bien souvent dans les choix posés, les engagements librement donnés mais qui parfois nous pèsent ; ou encore, de certains mécanismes psychologiques‚ culpabilité, défis à relever, idéal auquel il nous faut absolument correspondre‚ mais qui en fin de compte génèrent plus d’angoisse que de joie. On en arrive à ce paradoxe que « comme l’esclave nous désirons un peu d’ombre »‚ notre société est une société de fatigués, et pourtant, « à peine couchés nous disons : quand pourrai-je me lever ? » Notre société est une société d’anxieux.


 C’est dans ce monde que vient Jésus. La page d’Evangile de ce dimanche nous décrit une journée du Nazaréen. Après la synagogue, vient la rencontre avec une malade et le repas familial ; le soir, c’est une foule qui envahit la maison et le lendemain, levé de bonne heure, Jésus prie, avant de poursuivre sa tournée. Un emploi du temps bien chargé, comme celui de beaucoup d’entre nous…  Pourtant, il se dégage de l’Evangile l’impression qu’une certaine paix, un souffle de liberté et de gratuité anime cette journée de Jésus. Qu’est-ce qui fait avancer son histoire ? Une inéluctable nécessité ? Non, ce sont plutôt deux forces secrètes qui dirigent sa vie.

La première est peut-être la compassion. Lorsqu’il entra dans la maison, aussitôt, nous dit saint Marc, on lui parla de la malade et lui, s’approchant, la fit lever en lui prenant la main. Il y a de toute évidence dans le cœur du Christ un espace libre, disponible aux interpellations extérieures. Souvent nous nous situons dans la vie comme dans un jeu vidéo où des objets volants arrivent sur nous et qu’il faut tous anéantir sinon on est mort. Et lorsque mon petit frère débarque dans ma chambre avec sa voix agaçante : « Tu veux jouer avec moi ? », sans réfléchir je dégaine et pouf ! le petit frère est mort. L’obéissance aux circonstances de la vie peut nous paraître un terrible esclavage mais Jésus ne le voit pas ainsi, au contraire, il y voit l’occasion de déployer une extraordinaire fécondité. Car c’est correspondre au mode d’emploi de la vie que d’accueillir celui que la vie nous envoie : à l’origine de toute vie, il y a un mystère de gratuité. Si nous existons, humainement et spirituellement, c’est que d’autres ont fait un espace dans leurs vies pour nous y accueillir.

La seconde force est l’adoration. Si Jésus se lève tôt matin, c’est pour aller prier dans un endroit désert. Et là, dans le cœur à cœur amoureux avec son Père il reçoit tout ce dont il a besoin pour nourrir et réconforter le monde. J’aime comparer ce temps de communication matinal avec le briefing d’un agent secret qui doit reboucler avec sa base pour que sa mission puisse se poursuivre. Bref, si la vie de Jésus est bien occupée, elle n’est pas une vie d’esclave ; le ressort qui le propulse en avant n’est pas la contrainte, c’est la gratuité et la disponibilité de son cœur qui se traduisent en compassion pour les hommes et adoration envers le Père.

Saint Paul qui aime le paradoxe formule ainsi cet art de vivre : « Libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. J’ai partagé la faiblesse des plus faibles pour gagner aussi les faibles ». Telle est la liberté évangélique, le style de vie chrétien : non pas l’aspiration à se dégager absolument de toute contrainte mais la vie eucharistique, la libre et joyeuse livraison de soi, faible avec les faibles, serviteur de tous, jusqu’à pouvoir dire : ceci est mon corps, livré pour vous. Alors prions particulièrement pour l’accueil paroissial qui se met en place car il est une occasion concrète de vivre et de témoigner de cela et prions aussi pour que le festival de la Lumière, porté par la paroisse étudiante porte ce même témoignage. Amen.

Mise à jour le Lundi, 09 Février 2015 15:14