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Célibataire pour le royaume car Dieu seul suffit! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Yannick Ferraro   

 4ème dimanche du Temps ordinaire, dimanche 1er février 2015, Dt18,15-20; 1Co 7, 32-35; Mc 1, 21-28

Peut-être connaissez-vous ce que saint Ignace de Loyola appelle, dans ses Exercices Spirituels, la composition du lieu : à la lecture d’un récit biblique, se représenter visuellement et sensiblement la scène : les lieux (le décor, l’ambiance, les sons…), mais aussi les personnages présents (leurs mouvements, leurs attitudes, leurs réactions…)

 Si nous faisons cet exercice pour l’évangile d’aujourd’hui, nous pouvons voir une assemblée juive qui se réunit dans la synagogue de Capharnaüm pour y entendre la Parole de Dieu (comme un dimanche matin en paroisse).

Après la lecture tout le monde s’assoit et se dispose à écouter le commentaire par un prêtre ou un scribe. Certains sont curieux de savoir ce qui va être dit… D’autres, peut-être, se mettent en veille, pour finir leur nuit ou sans illusion sur ce que leur apprendra un prêchi-prêcha de plus… Et là : surprise ! C’est Jésus qui ouvre la bouche et on est frappé par son enseignement, car il enseigne en homme qui a autorité. On ne sait pas ce qu’il leur dit à ce moment précis (saint Marc ne le rapporte pas). Mais on sait qu’il va aussitôt joindre à la parole d’autorité un geste d’autorité en libérant un homme tourmenté par un esprit mauvais et venu perturber le sermon…

 

Oui l’enseignement de Jésus est surprenant, il a quelque chose de neuf : il ne parle plus comme les prophètes d’autrefois (dont parle le Deutéronome) qui commençaient ou terminaient leurs déclarations par : Oracle du Seigneur (pour signifier : je parle au nom de Dieu…) Dans les évangiles, il parle d’une manière nouvelle en disant : Moi je vous dis. En Jésus, Dieu ne parle plus par la voix des prophètes, il a désormais sa propre voix, son Logos, le Christ.

 

Ce changement de tonalité, nous le retrouvons aussi chez saint Paul, dans la deuxième lecture, sur laquelle je voudrais attirer votre attention aujourd’hui. Avec la franchise qui le caractérise, saint Paul dit aux Corinthiens que s’ils veulent rester attachés au Seigneur sans partage, il convient de rester célibataire. Car ceux qui sont mariés ont le souci des affaires de cette vie, ils cherchent à plaire à leur femme ou à leur mari, et ils se trouvent divisés. Alors que ceux qui n’ont ni femme ni mari ont le souci des affaires du Seigneur, ils cherchent comment lui plaire et veulent lui consacrer leur corps et leur esprit.

 

Comprenons bien que, dans la bouche de saint Paul, il ne s’agit pas d’une injonction, ni même d’une recommandation, mais d’une convenance : si vous voulez rester attachés au Seigneur sans partage, il convient de rester célibataire. Mais c’est tout à fait nouveau.

 

·      Dans la culture juive, la plénitude d’un homme ou d’une femme, c’est d’être marié et d’avoir des enfants (surtout des garçons pour perpétuer la famille et le nom). La fécondité du mariage est un honneur et le signe la bénédiction de Dieu, tandis que rester célibataire et sans enfant est un déshonneur et une honte.

 

·      Mais tout change avec la Vierge Marie qui, dès avant l’annonciation, choisit de consacrer à Dieu sa virginité. D’où sa réponse à l’ange Gabriel : Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? Ce changement se poursuit avec la personne de Jésus qui demeure célibataire, dans le don absolu de toute sa personne au Père et aux hommes qu’il est venu ramener vers le Père.

 

·      Ainsi, après la résurrection, dès la première génération chrétienne, certains choisissent de vivre le célibat, dans un premier temps en raison de l’attente imminente du Retour du Christ, mais aussi par désir d’imitation de Jésus et Marie.

 

·      La vie consacrée « pour le Royaume » devient alors un état de vie au sein de l’Église, tandis qu’aux yeux du monde, (tant juif que païen) elle acquière une force de provocation : si ces jeunes femmes et ces jeunes hommes sont heureux ainsi, c’est que la source de leur bonheur se trouve ailleurs, dans une personne vivante, le Christ, qui les comble au-delà du bel amour conjugal, et au-delà de toute fécondité naturelle.

 

Il s’agit donc bien d’un appel nouveau mais particulier, personnel et intime. Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c'est donné, dit Jésus. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu'il comprenne ! (Mt 19,10‑12)

 

Permettez-moi ce petit témoignage personnel sur cet appel intime qui a résonné d’une manière particulière un soir dans ma voiture.  J’étais séminariste et j’avais passé une soirée d’été chez des amis d’enfance. A la fin de ce temps très sympathique où nous avions beaucoup ri, je réalisais que tout le monde repartait en couple, sauf moi. Seul dans ma voiture, je méditais sur cette réalité de ma vie : aucun de mes amis ne sera seul en rentrant chez lui ce soir, sauf moi ; chacun pourra continuer à parler, rire ou partager, sauf moi. Et bien, en prenant conscience de ce vide affectif autour de moi, je me suis soudainement senti très uni à mon Seigneur, et très heureux. J’ai compris que le célibat pour le Royaume était réellement une solitude, mais une solitude toute emplie de Dieu… et que mon cœur aspirait à cette solitude divinement habitée.

 

J’aime particulièrement cette phrase du père Daniel-Ange à propos du célibat : L’absence d’une femme à mes cotés, c’est le vide du tombeau au matin de la résurrection. Quelle belle image ! Comme le tombeau vide après la résurrection, le célibat n’est pas une perte, un manque, une absence, mais le signe d’une réalité supérieure : la joie de rencontrer au plus intime de soi-même, le Dieu Vivant dont la vie et l’amour change tout et suffit à combler un cœur. Ceux qui n’ont ni femme ni mari, dit saint Paul, ont le souci des affaires du Seigneur, ils cherchent comment lui plaire et veulent lui consacrer leur corps et leur esprit.

 

Demain lundi, nous serons le 2 février et nous fêterons la Présentation de Jésus au Temple, qui est aussi la fête des consacrés qui, à l’instar de Syméon et Anne, veillent dans l’attente de la venue du Christ Lumière des nations. Et cette année liturgique, comme vous le savez certainement, est aussi, à la demande du papa François, l’année de la vie consacrée.

 

Alors je vous invite à prier tout particulièrement cette semaine pour que des jeunes continuent d’entendre cet appel de Dieu à imiter le Christ dans sa consécration par amour des autres. Même s’il y a  beaucoup d’interférences, Dieu n’appelle pas moins qu’avant. Et même si on se réjouit de voir des jeunes y répondre, Dieu n’appelle que dans la famille d’à coté…

 

Et je vous invite à prier aussi pour tous ceux et toutes celles qui répondent déjà à cet appel de Dieu (il y en a plusieurs dans notre paroisse, grâce à Dieu !), en demandant au Seigneur de nous faire avancer ensemble, dans la complémentarité des états de vie : les célibataires consacrés ont besoin de sentir près d’eux des laïcs soucieux des affaires du monde et épanouis dans la vie de famille ; et les laïcs ont besoin de sentir près d’eux des hommes et des femmes qui leur signifient, par leur consécration, que Dieu seul suffit à combler un cœur, et que ça vaut la peine de passer du temps avec Lui et pour Lui. Qu’ensemble, chacun selon son appel, nous hâtions, espérions et désirions le Royaume. AMEN.

 

Mise à jour le Lundi, 02 Février 2015 09:53