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Que cherchez-vous? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Dominique Janthial   

2ème dimanche du Temps Ordinaire , dimanche 18 janvier 2015

Ce début d’année nous met plus que jamais en face de l’instabilité de notre époque. Et celle-ci nous inquiète parce qu’elle nous met en face de l’instabilité de notre propre existence. A l’époque dont nous parle l’évangile, il me semble que l’ambiance devait être un peu la même : agitation fébrile et messianisme débridé devait régner dans l’entourage de Jean-Baptiste. Et lui, lui Jean-Baptiste, que faisait-il ? Il regardait Jésus.  Et que faisait Jésus ?  La traduction rend imparfaitement le terme choisi par Jean : « Jésus se promène ».  Il se promène comme Dieu dont il est dit dans le livre de la Genèse qu’il se promenait dans le jardin à la brise du soir.  Jésus se promène parmi les hommes avec cette extraordinaire proximité que le péché avait supprimé.  Pour un peu on pourrait se croire revenu à l’origine comme si rien n’était venu troubler cette harmonie originelle.

Mais Jean est prophète, il est bien placé pour savoir que la toute innocence ne peut sans danger côtoyer les criminels que nous sommes.  Contemplant Jésus qui se promenait, sans doute que la première chose qui lui est venu à l’Esprit est « Voici Dieu ! », mais songeant à tout ce que Dieu aurait à souffrir pour nous rétablir en sa familiarité, en son amitié, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »  L’agneau c’est l’agneau du sacrifice immolé sur la Croix.

Apparemment, les deux disciples n’ont pas saisi la nuance.  Je ne pense pas qu’ils aient compris cela.  Quand on voit comment, ils étaient peu disposés au sacrifice quelques années plus tard, après tout ce temps passé avec Jésus, je ne pense pas qu’ils auraient suivi Jésus s’ils avaient compris la nuance.  Ils ont dû entendre : « Voici Dieu ! »  Et c’est pour cela qu’ils quittent Jean et se mettent à suivre Jésus.

Jésus se retourne, il se convertit si vous voulez.  Dieu commence toujours par se convertir à l’homme avant toute conversion de l’homme vers Dieu.  Et il voit.  Pour voir, j’ai vu la misère de mon peuple dit Dieu à Moïse.  Et puis Jésus pose une question.  Là aussi ça nous rappelle le jardin de la Genèse.  Dieu pose à Adam la question : « Où es tu ? »  Et ici il demande aux deux disciples : « Que cherchez vous ? »  C’est la délicatesse de Dieu de nous faire réfléchir.  Il nous a créé, nous sommes la plus merveilleuse de ses créatures et il voudrait que nous en prenions conscience.  Alors il nous pose des questions toutes simples, des questions fondamentales : « Où es-tu ? », « Que cherches-tu ? » « Qu’est-ce qui te fait courir dans la vie, au juste ? »

Et les disciples répondent par une question : « Où demeures-tu ? »  Bête question ?  Pas si bête.  C’est même une question très profonde.  Nous le disions en commençant, nous sommes si pris par la radicale instabilité de toute chose, tout passe, tout coule si vite que notre première question à Dieu devrait-être : Comment fais-tu toi pour demeurer ?  Donne-moi ton secret, s’il te plaît.  Et Jésus leur dit : « Venez et vous verrez ». « Et ils demeurèrent avec lui ce jour-là ».

« Ils demeurèrent… » Il trouvent une demeure, un îlot de stabilité. La demeure où l’on est avec celui qui ne passe pas, qui ne passera jamais, c’est-à-dire le temple. Etre avec Jésus c’est être dans le temple au fond. Comme Samuel. Bienheureux ceux qui comme Samuel ont un temple où peut résonner la parole de Dieu. Bienheureux ceux dont le temple intérieur n’est pas envahi par toutes sortes de tensions qui instaurent le tumulte jusqu’au cœur de leur cœur.  Saint Paul nous parle aujourd’hui de la débauche. Et il faut bien reconnaître que son exhortation aux Corinthiens n’a rien perdu de son actualité à l’époque où Internet vient parfois installer le lupanar au beau milieu de notre habitation familiale… Quelle perte de temps et d’énergie, quelle tristesse finalement lorsque nous y perdons notre paix, notre joie mais surtout quel brouhaha inutile qui nous empêche de pouvoir entendre la parole résonner en nous. La seule qui peut nous combler.

Les disciples prennent le temps de demeurer avec Jésus ce jour-là. Et ce qui se passe ensuite est intéressant. La suite de l’évangile nous dit (je vous donne une traduction personnelle) : « André rencontre pour la première fois son frère Simon ». Au fond l’évangile d’aujourd’hui raconte notre histoire. André a trouvé le Seigneur et pour la première fois, il va « trouver » son frère.  Il va le rencontrer en vérité pour la première fois.  Et tout de suite il lui dit « Nous avons trouvé le Messie ».  Le Messie c’est un peu comme le Yeti, tout le monde en a entendu parler mais personne ne sait au juste ce que ça représente.  Il ne sait  donc pas trop ce qu’il raconte.  Mais il est sûr d’une chose : il a trouvé.  Son cœur est comblé, rassasié.  Cette quête incessante qui le faisait aller de gourou en gourou jusqu’à tomber presque par hasard chez ce vrai prophète qu’était Jean-Baptiste, cette quête est maintenant exaucée.  Et l’Eglise commence à cet instant précis où André trouve son frère et l’amène à Jésus. Et Jésus ne peut pas s’empêcher d’aller un peu plus vite que la musique en disant déjà à Simon : « Tu t’appelleras Pierre ! »  Et l’on entend déjà : et sur cette pierre…

En ce deuxième dimanche du temps ordinaire, les textes de la liturgie nous raconte un peu notre histoire, ce que nous sommes appelés à vivre tout simplement dans l’Eglise : Jésus venu à notre rencontre qui nous arrache à l’instabilité, qui nous fait rencontrer nos frères afin que nous soyons sa famille pour l’éternité.  Rendons grâce.

 

 

Mise à jour le Jeudi, 22 Janvier 2015 16:42